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Mo Masillia Salsa

18 juillet 2008 - Danse
Mo Masillia Salsa

Nous retrouvons Mo après l’un de ses cours, dans le cadre du congrès Europeando 2005. Une occasion dévoquer son parcours, ainsi que l’évolution de la salsa à Marseille.

Peux-tu te présenter et nous dire comment tu as découvert la salsa ?

Je suis Mo, j’organise de l’événementiel, des cours de danse, je mixe, depuis juin 1997 à Marseille. Je suis d’origine marocaine. De 1995 à 1997, j’ai passé deux ans à Paris. J’ai alors rencontré Roberto El Cubano, et d’autres encore, nous commencions la salsa, c’était l’époque du Montecristo. Je suis tombé dans la salsa, un peu comme tout le monde, par hasard : j’étais allé passer un été à Barcelone en 1994 ou 1995. Je suis un ancien sportif, et après une blessure, c’est la salsa que j’ai trouvée pour « remplacer » le sport que je ne pouvais plus faire.

Pratiquais-tu d’autres danses avant de faire de la salsa ?

Nous pratiquions un peu le hip hop, dans la rue avec les copains. Et puis je suis d’origine marocaine, les mariages et les fêtes ça nous connaît ! Lorsque j’ai découvert la salsa, je me suis un peu identifié, je retrouvais des percussions, des rythmes, un certain nombre de sonorités qui me rappelait mes origines.

Quels ont été tes professeurs de salsa ?

Bizarrement, je n’ai pas vraiment pris de cours. Je ne me suis vraiment intéressé aux cours qu’une fois que la technique a vraiment commencé à évoluer. A l’époque, lorsque l’on dansait, l’on mélangeait le merengue, la bachata, la salsa, l’on ne savait pas que c’était de la salsa colombienne ou cubaine, ni rien du tout. Et puis Roberto El Cubano, Erick et Carlos, tous ces gens-là nous ont donné quelques cours, quelques initiations. Je suis ensuite parti vivre à Marseille, et je me suis posé des questions sur la technique de la salsa. Il y a eu d’abord la salsa cubaine, la rueda, ensuite je me suis tourné vers la salsa portoricaine.

Comment es-tu devenu professeur de salsa ?

Je vendais du matériel médical pour une entreprise, des tables d’opérations, des choses comme ça. J’aime bien ce genre de métier de commercial, mais c’était fatigant, il fallait faire beaucoup d’heures de route. Un jour, j’ai réalisé que je pouvais vivre de ma passion, la danse, alors j’ai fait ce choix. A Marseille à l’époque, il n’y avait pratiquement pas de cours, il n’y avait que quelques endroits salsa avec beaucoup de latinos, nous allions danser et nous amuser avec eux, et les gens nous demandaient de donner des cours. Il y avait une demande, nous avions la possibilité d’en vivre, pourquoi se priver !

Par la suite, as-tu pris des cours, y a-t-il des enseignants qui t’ont marqué ?

Les enseignants qui me marquent sont ceux qui ne font pas de la chorégraphie dans leurs cours, mais qui ont vraiment de la technique, qui savent décortiquer le moindre petit temps, qui savent répondre de suite à une question, qui savent si tu as le poids du corps à droite ou à gauche, qui savent te dire pourquoi tu n’y arrives pas dans la seconde. J’apprécie par exemple particulièrement Tito (NDLR : Ortos) et Tamara, et puis Eddie Torres, avec qui nous avons aussi suivi des cours. J’ai aussi été très marqué par quelqu’un qui n’est pas une star, mais, dans les cours, il est excellent. Il s’agit d’Angel Ortiz. C’est lui qui nous a montré des détails qui nous ont vraiment fait gagner des paliers de danse, il n’y a pas si longtemps que cela. Il y a aussi Angel Rodriguez de Razz’M’Tazz de New York, avec la Salsadiva. Il y a des gens comme ça qui, à un moment donné, te disent « les passes c’est bien, mais il y a des choses qui vont vous faire gagner, notamment dans vos pas, au niveau de la position de vos pieds, de vos mains… »

Quelles sont les musiques que tu apprécies particulièrement ?

J’ai joué des percussions, du gwoka de Guadeloupe, et du djembé, de la darbuka. Donc toutes les musiques dans lesquelles on entend vraiment bien les percussions, j’adore. Pour danser, j’adore tout ce qui est latin-jazz, mambo. J’aime bien aussi la salsa cubaine pour les accents qu’on y trouve, les arrêts, les départs, c’est très bien orchestré, j’adore ça. J’aime bien aussi écouter un peu de musique classique lorsque je rentre le soir dans ma voiture, j’aime bien la musique de chez moi, la musique marocaine. Je trouve des choses intéressantes dans des musiques très différentes : j’aime la guitare dans la musique espagnole, Paco de Lucia me fait vibrer, j’adore le piano chez Wayne Gorbea. Lorsque j’anime une soirée comme DJ – je ne me considère pas comme un Dj mais plutôt comme un sélectionneur de musique – je vais mettre en avant des vraies musiques. Très peu de salsa romantica, beaucoup de latin jazz, de mambo, de salsa gorda.

Comment es-tu devenu organisateur de congrès ?

J’ai toujours été intéressé par l’organisation. Lorsque je faisais de la course à pieds, j’aidais à l’organisation de marathons, de meetings d’athlétisme… Pour ce qui est de la salsa, j’ai d’abord travaillé pour des lieux en tant que sélectionneur de musique et animateur, ensuite j’ai organisé mes propres soirées, j’ai organisé des stages avec des internationaux, des collègues, des profs de danse d’un peu de partout. Et puis nous avons organisé des événements tels que l’Open des Danses, la fête de la salsa, d’autres encore. Pour l’Open des Danses, nous avions un grand gymnase, une scène et quatre cents danseurs non stop, un prof sur scène chaque heure, la musique ne s’arrêtait pas, il y avait de la salsa, du hip hop, de la danse brésilienne, africaine, orientale. Il y avait cinq danses qui se rencontraient.

Quelles sont les caractéristiques du Congrès que tu organises à Marseille ?

Nous voulons monter à la fois un congrès dans lequel les professionnels se rencontrent la journée, une sorte de « marché mondial » de la salsa, pour aider les professionnels et la diffusion des artistes, et des festivités le soir. C’est pour cela que cela s’appelle « Festival Salsa Congress ». Le but est de favoriser les échanges avec les artistes qui sont là. Les profs de danse de la région marseillaise sont invités gratuitement. Il y aura à disposition un chapiteau, un cocktail, pour favoriser les rencontres. Nous avons aussi invité les organisateurs des autres congrès. Nous voulons essayer d’avoir, disons d’ici cinq ans, un congrès professionnel, comme un midem, un salon, pour que les professionnels viennent, donnent des cours, dansent,etc. Avoir un seul et même lieu, où chacun puisse se vendre, faire son business, même si le mot business dérange…

Pour les festivités, nous essayons d’avoir des concerts le soir. L’on ne peut pas mettre uniquement l’accent sur les danseurs et les shows. Nous voulons des festivités ouvertes à tous, ceux qui veulent seulement écouter de la musique et ceux qui veulent seulement danser, pour essayer de mélanger ces deux publics qui ne le sont pas forcément dans les congrès. Nous avons aussi pris des idées dans d’autres congrès. Nous voulons un festival où les débutants, les moyens, les avancés, les profs de danse, se mélangent. C’est un peu le rêve de tout le monde ! Cette année, les profs qui viennent, ainsi que ceux qui le veulent, auront un tee-shirt « taxi-dancers », pour que les débutants, ou les danseurs réservés osent aller les inviter, pour décoincer tous ces gens. La piste appartient à tout le monde. La scène, c’est une chose, mais la piste de danse en est une autre. Il faut que tout le monde puisse danser les uns à côté des autres, et enlever ses barrières que l’on peut avoir.

Un autre aspect de ton activité est la création de dvds, d’un genre différent.

Nous ne voulons pas donner des cours de danse en vidéo. Un cours, pour moi, ne peut se prendre qu’avec un prof en face de soi. Nos dvds sont un outil supplémentaire pour que les élèves se souviennent de ce qu’ils ont vu en cours, et puissent pratiquer. Il s’agit d’un outil de répétition. Dans nos dvds, les figures (les shines ou les passes) se répètent automatiquement. Un vrai cours ne dure qu’une heure, avec ce dvd on peut s’entraîner autant de fois que l’on veut, répéter le même geste jusqu’à ce que l’on y arrive. Nous ne voulions pas donner beaucoup d’explications. Nous avons mis du contenu. Ces dvds servent aussi de support à nos cours, aux techniques que nous avons développées. Le premier dvd correspond à ce que nous avons mis en place pour nos débutants, c’est-à-dire les trente figures et shines qu’un débutant doit connaître à la fin de l’année. Grâce à cela, nous allons pouvoir aller un peu plus vite dans les cours. Les gens aujourd’hui n’ont pas le temps, ils ont envie d’apprendre très très vite, nous leur donnons la possibilité d’apprendre dans les cours et d’avoir les dvds à la maison pour réviser. Nous prévoyons aussi d’autres dvds, plutôt orientés sur des enchaînements.

Comment la salsa a-t-elle évolué à Marseille ?

C’est un peu comme les avions : JFK-Charles de Gaulle, Charles de Gaulle-Marignane ! Pour savoir ce que va devenir la salsa à Marseille, je regarde comment cela évolue à Paris, et sur les villes qui ont déjà dix ans, quinze ans de salsa. A Marseille, la première évolution s’est faite au niveau de l’âge du public. Au départ, nous avions des gens de trente-cinq, quarante-cinq ans, avec des moyens financiers, qui pouvaient se permettrent de se payer des cours. Ce public avait aussi un important besoin de rencontre, lié à la solitude, au travail, aux nombreux divorces. Ils voulaient faire des activités dans lesquelles il était facile de rencontrer des gens. Ces gens prenaient des cours pour s’amuser. Nous ne leur parlions pas beaucoup de technique et ils s’en fichaient complètement, ils avaient envie de bouger, de faire quelques passes, mais avant tout nous sentions qu’il fallait les aider à dépasser la « honte » d’aller inviter. Quand nous y parvenions nous estimions que notre travail était déjà bien avancé. Maintenant, la « population salsa » s’est vraiment rajeunie. Mais qui dit rajeunissement dit aussi, quelque part, même si on ne veut pas l’entendre, une certaine compétition. Il faut beaucoup de passes, beaucoup de technique dans les cours, cela se voit après dans les soirées.

Par ailleurs, au départ tout le monde se mélangeait, l’on ne posait pas la question sur quel temps danser, si c’était de la cubaine, de la colombienne, etc. Maintenant, l’on commence à entendre « là-bas c’est une soirée porto, les gens ne dansent que la porto je n’y vais pas », ce qui est pour moi une mauvaise direction. Souvent dans mes soirées on me le dit : parfois je vais passer de la musique cubaine qui n’est pas de la timba, les gens vont identifier la musique que je passe à de la porto parce que maintenant c’est ce que je danse un peu plus. Pour moi c’est une mauvaise direction. Je suis très ouvert, sans l’ouverture il n’y aurait pas eu de salsa, il n’y a pas de création si on ne mixe pas les choses, et l’on peut très bien danser une cubaine sur de la porto, une porto sur de la cubaine. Je fais un peu un appel à tous les « puristes » (NDLR : il rit) : mixez, mixez votre danse avec la musique.

L’un des bons côtés de l’évolution, c’est qu’il y a beaucoup de lieux, beaucoup de professeurs, beaucoup d’événements, c’est un peu ce que nous voulions, arriver à développer la salsa. Alors parfois on nous dit « il y a trop de profs », mais c’est un développement normal. Si l’on veut développer, l’on ne peut pas s’étonner qu’il y ait beaucoup de profs, qu’il y ait deux congrès à Marseille qui soient organisés, qu’il y ait trois ou quatre soirées le même soir. Là où avant lorsque l’on passait de la musique, c’était au premier qui irait danser, qui briserait la glace, aujourd’hui les gens commencent à danser avant même que l’on mette la musique. Les gens s’intéressent, ils savent maintenant qui est qui. Avant l’on ne pouvait pas organiser de concert, cela coûtait très cher mais surtout les gens ne connaissaient pas le niveau artistique des musiciens, ils ne voulaient pas payer trop cher… Or un orchestre c’est dix, quinze, vingt mille euros et ça c’est le minimum. Aujourd’hui, l’on ose un peu plus. Avant, en dehors des orchestres locaux, on en pouvait pas faire de gros concerts.

La dernière évolution est d’ordre économique. Il y a plus de professeurs, d’événements, il y a un gâteau, et plus il y de monde, plus la part de chacun se réduit. Les professionnels – je ne parle pas de niveau de danse, mais plutôt de « est-ce que j’en vis ou est-ce que je fais quelque chose à côté. » – rencontrent un problème de concurrence, de la part de cours de danse ou de soirées qui font baisser les tarifs, ce qui nous entraînent dans une surenchère tarifaire qui va faire de plus en plus disparaître les professionnels. Parce qu’il faut payer les charges, la tva, etc. Est-ce que c’est un bien ou un mal ? En tout cas c’est quelque chose que l’on ressent. Faut-il professionnaliser ? Pour la danse classique, le contemporain, le modern-jazz, il y a un diplôme d’état. En région PACA, il y a actuellement un projet pilote, mandaté par le ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, qui essaie de mettre en place un projet dans un premier temps de formation qualifiante, et plus tard de diplôme pour tout ce qui est musiques traditionnelles, danses du monde, danses de société. Afin de structurer tout cela. Ce n’est pas seulement une histoire d’argent, il y a aussi des questions de sécurité derrière. Pour le hip hop par exemple, il y a des gens qui donnent des cours dans des MJC, et qui font danser des enfants sur la tête, sans savoir les conséquences que cela peut avoir. Il y a les acrobaties, dans les cours de salsa… Nous participons à ce projet depuis un an, on évolue, mais ce n’est pas quelque chose qui est propre à la salsa. Les problèmes que l’on rencontre aujourd’hui dans la salsa, on les rencontre dans la danse africaine, la danse orientale, le brésilien, dans tout ce qui n’est pas encore structuré. Ca va venir, parce que cela c’est tellement démocratisé, tout le monde donne des cours. Moi-même, j’ai commencé à donner des cours sans avoir aucune qualification, parce que je dansais en soirée. On essaie de faire une qualification, faite par des professionnels qui sont là depuis des années, avec des règles internationales, etc. le but c’est d’avoir un diplôme, une qualification qui soit un peu un label, qu’il y ait un minimum de structure.

Après dix ans de salsa, trouves-tu toujours autant de plaisir à danser ?

J’en trouve encore plus ! Je me suis plus ouvert à la musique, je la comprends mieux. Avant, je pensais que pour inviter une fille il fallait faire deux cent cinquante passes, pour que la danseuse s’amuse. Avec l’âge, le recul, l’expérience, tout cela s’envole ! L’on prend plus de plaisir maintenant parce que l’on est plus attentif à sa danseuse, on gère mieux son espace, on est moins fatigué parce que l’on sait gérer son corps, on ressent plus la musique.

Te vois-tu danser la salsa toute ta vie ?

J’ai donné rendez-vous à mes élèves, aux profs de la région de Marseille, Albert, Farid, Nathalie, tous les confrères,… Je me vois à la maison de retraite en train de faire le Suzy Q avec ma canne ! Je leur ai dit aussi que le balleti, les mercredis après-midi à Marseille où les personnes du troisième âge vont danser la paso doble etc, plus tard ça sera nous !