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Super Mario The Million Moves Man

18 juillet 2008 - Danse
Super Mario The Million Moves Man

Dans les coulisses du congrès El Sabor de La Salsa 2005, Super Mario répond à nos questions avec toujours un éclat de rire aux bords des phrases… Marina de Sacuye commente parfois, un portable sonne de temps en temps, je suis curieuse de savoir pourquoi l’immense Super Mario ne monte pas sur scène plus souvent… Ce soir-même, il nous gratifiera d’une démonstration « impromptue » sur scène avec Susana Montero. Moment rare !

 

Que faisais-tu avant de découvrir la salsa ?

J’étais étudiant « à plein temps ». J’ai travaillé au KFC pendant 11 ans, ce qui m’a permis de payer mes études. J’ai passé un diplôme en mathématiques et en comptabilité – j’ai les deux diplômes. J’ai voulu arrêter l’université pendant un an avant de commencer à travailler. Quelqu’un m’a demandé si je voulais enseigner la salsa, j’ai dit « ok ». Je suis allé enseigner dans un congrès, et cela s’est enchaîné, l’année s’est remplie de congrès ! J’ai dit la comptabilité peut attendre… elle attend toujours !

Comment as-tu découvert la salsa ?

J’ai commencé la salsa le 7 juillet 1998. Nous venions juste de nous séparer avec ma petite amie, après 5 années ensemble. Un ami m’a emmené dans un club de salsa. J’ai aimé ce que j’a vu, j’ai commencé à danser… La raison pour laquelle j’ai aimé, c’est qu’il n’y avait pas de racisme, pas de sexisme. Quelque soit la couleur de peau, quelque soit l’âge, toutes sortes de gens peuvent aller dans les clubs salsa. J’ai aimé ça, je suis resté. Et puis j’étais gros, je pesais 165 kilos…

Tu ne dansais pas d’autres danses avant de faire de la salsa ?

Non, non pas du tout… Je viens d’Inde, à l’époque si je dansais c’est que j’étais « gay » ! Les gens pensaient comme ça en Inde, à l’époque… Maintenant, il y a la télé américaine, des trucs comme cela, on ne pense plus de cette manière. J’étais étudiant, j’étais allé en discothèque, mais je n’avais appris aucune danse.

Avec qui as-tu appris la salsa ?

J’ai appris avec pas mal de monde. Au départ, mon premier professeur s’appelait Keith Harry , il y a eu Elli Galvani, Paul… Plein de professeurs de Londres. Mais ceux qui m’ont le plus inspiré, ce sont Salsa Brava, ce sont ceux qui m’ont vraiment fait adopter la salsa, et puis Luis et Johnny Vasquez, Eddie the Salsafreak, Eddie Torres, Frankie Martinez , Francisco et Johnny Vasquez, etc… J’ai pris des cours avec tous ses gens. J’ai appris le L.A. Style, avant de rencontrer Ismael Otero, l’autre « Million Moves Man », du New Jersey. Quand je l’ai rencontré, j’ai commencé à apprendre à danser sur le 2.

On te voit beaucoup enseigner, mais très peu danser sur scène… Pourquoi ?

Je n’aime pas monter sur scène… Je pense qu’il y a des gens qui sont nés pour être sur scène, pour faire des shows. Mais tout le monde n’a pas ce don, ce talent. J’ai essayé. Mais je n’aime pas ce qu’on ressent avant un show, je ne peux pas le faire. Pour moi la salsa est un hobby, et j’aime beaucoup danser en soirée. Quand je vois les danseurs en coulisses, anxieux, qui s’entraînent… Ils doivent répéter tous les jours, ils se disputent entre eux… Je n’aime pas tout cela. Et pourtant je l’ai déjà fait, j’ai dû répéter et tout cela, et puis j’ai dit « non, tout ce que je veux, c’est danser ». Et les gens m’ont accepté comme cela ! Je suis le seul à enseigner sans faire de show, et c’est accepté par les organisateurs. Mais tout cela c’est aux danseurs que je le dois. Ils m’ont tellement vu sur les pistes de danse, ce sont eux qui ont fait de moi ce que je suis, et les organisateurs sont « forcés » de m’engager car les gens s’attendent à me voir, et m’ont accepté tel que je suis. Je n’ai rien à prouver sur une scène, les gens m’ont accepté ainsi, et les autres professeurs également.

Les danseurs qui font des shows ont-ils quelque chose à prouver ?

Non pas exactement. Il y a beaucoup de danseurs qui font des shows que l’on ne voit que rarement en train de danser en soirée. Quand vous faites des shows vous devez adorer cela, et vous savez quoi : ces gens adorent faire des shows (NDLR : il montre une des danseuses de Sacuye qui est dans la pièce) et ils le font par amour de la scène. Moi je déteste cela ! J’adore regarder les danseurs sur scène, et croyez-moi je suis toujours au premier rang et parmi ceux qui font le plus de bruit. En fait même, peu m’importe que le show soit bon ou non, les artistes sont sur scène, et cela je ne peux pas le faire, c’est pour cela que je respecte quiconque monte sur scène. Même le défilé de mode hier, j’ai trouvé que cela devait vraiment être difficile pour les gens de faire ce défilé. Le détail amusant, c’est que maintenant les gens à New York et à Los Angeles, commencent à utiliser mon nom d’une drôle de manière. Frankie qui ne voulait pas faire de show à Miami a dit : « je fais mon Mario, juste les cours, pas de show ! »

Le fait de faire des vidéos et des DVDs a-t-il modifié ta manière d’enseigner ?

Non pas du tout ! Je n’ai jamais rien fait seulement parce que je voulais le faire mais parce que les gens étaient demandeurs. Avant que je ne fasse mes cassettes et DVDs, les gens n’arrêtaient pas de me le demander, je les ai donc faits pour eux. C’est sur ce que cela représente un gain financier pour moi, mais c’est aussi beaucoup de travail, partout où je vais, je dois les emporter pour les présenter. Ce deuxième aspect ne m’embête plus maintenant, tu t’installes dans une salle avec plein de gens autour… En fait peut être que cela me rend plus créatif, cela me pousse à inventer toujours plus, et comme cela je peux faire plus de DVD, plus de cours, etc. Les DVD sont d’ailleurs un bon support pour m’aider à m’en souvenir. Il m’arrive parfois de regarder mes DVD pour me rappeler mes passes !

Quelques mots sur El Sabor de La Salsa, dont tu es un habitué…

C’est la troisième année que je viens ici. J’aime commencer l’année ici. C’est toujours le même week end depuis trois ans. Cela fait deux ans que, avant ce congrès, je participe au congrès de Hawaï : d’abord Hawaï, ensuite Niort, Je me suis habitué. En plus ce congrès est petit, il a une taille plus humaine. Je crois que les gens se moquent de savoir si tu est bon ou pas et toutes ces conneries, les gens ici sont plus décontractés qu’à Paris – même les parisiens qui viennent à Niort – il y a une sorte de magie ici ! Et puis tout est tellement bien organisé. C’est le seul congrès que je connaisse, pour lequel mes tickets arrivent 4 mois avant la date (NDLR : la danseuse de Sacuyé approuve énergiquement), mon contrat arrive six mois avant ! Les gens travaillent sur ce congrès de manière constante toute l’année, et cela créé des rapports plus personnels, je sens vraiment que les gens veulent que je vienne, alors cela me fait plaisir de venir ici !

Marina de Sacuye : Mario, est-ce qu’ils écrivent aussi ton nom sur les billets d’avion ? Parce que c’est ce qu’ils font pour chacun d’entre nous : Marina, Mira, etc

Super Mario : Oui ! Ils collent des post-it sur les billets sur lesquels ils indiquent la ligne de métro, et le train que je dois prendre et cela 4 mois avant !.

Marina de Sacuye : C’est unique !

Super Mario : Oui c’est sûr, c’est unique, comme les gens sont des bénévoles, ils se préoccupent de ces détails… J’aime toutes ces attentions, c’est vraiment un bon début d’année pour moi.

Existe-t-il un style français en salsa selon toi ?

Je crois vraiment qu’il y a quelque chose de particulier à Paris. Parce que les danseurs ont un vrai feeling avec la musique, ils apportent quelque chose qui les différencie de beaucoup d’autre danseurs. Bien sûr il y a un peu de New York Style, de style portoricain, un peu de tout, mais, en fin de compte les gens dansent de façon complètement différente, avec pleins de passes, de shines. Ils dansent sur le 1, le 2, sur de la cubaine, tous les styles et c’est très rare à travers le monde : par exemple si vous allez à New York, tout le monde danse sur le 2, si vous allez à L.A. c’est sur le 1… Ici vous pouvez tout danser. En fait ce n’est pas forcément uniquement français, mais je pense qu’au niveau européen, il se passe quelque chose – que ce soit en Angleterre,en Hollande, ou en Suède, etc.

Qui est « the million moves man » (NDLR : l’homme au million de passes) à l’origine ?

Ah oui, c’est très important ! Quand j’ai lancé mon site www.millionmovesman.com, beaucoup de gens ont dit que c’était le surnom de Ismael Otero et que je ne devais pas l’utiliser mais ils ne connaissent pas toute l’histoire. Quand j’ai commencé à enseigner la salsa, en 1999, lors du tout premier congrès de Londres, l’organisateur donnait un nom à tous les enseignants. Il m’a surnommé Super Mario, parce que c’est comme cela qu’on m’appelait quand j’étais enfant. Il a ajouté « Super Mario aka the million moves man » (NDLR : Super Mario, plus connu sous le nom de…) parce que je faisais plein de passes. Et j’ai bien aimé ce nom, c’était super ! Ce que je ne savais pas c’est que l’organisateur était allé à Puerto Rico, et avait utilisé le surnom d’Ismael Otero, je ne savais même pas qui était Ismael à cette époque. Un an, un an et demi plus tard, alors que j’étais à Rotterdam, j’ai vu Ismael faire de truc déments, et j’ai dit : « waoww ce mec est terrible » et quand j’ai demandé qui c’était on m’a répondu, c’est Ismael Otero, il est professeur. J’ai regardé sur le flyer et j’ai vu « Ismael Otero aka the million moves man ». Et j’ai pensé « il a pris mon nom ! » J’ai alors appris qu’en fait c’est cet organisateur qui m’avait donné son nom, j’ai présenté mes excuses à Ismael en lui disant que je ne savais pas et que j’avais utilisé son nom deux ans auparavant. Il m’a alors répondu : « non ce n’est pas grave, ne t’en fais pas ! Je t’ai vu danser, toi aussi tu connais énormément de passes ». Nous nous sommes ensuite montré nos passes pendant cinq heures ! C’était comme une compétition : tu m’en montres une, je t’en montre une, etc. Et, au bout de cinq heures, il m’a dit « c’est bon, tu peux également te faire appeler « the million moves man », tellement tu as de passes. Tu te fais appeler le « million moves man » de l’est (l’Europe) et moi je serai celui de l’ouest (les Etats-Unis). » Et nous n’avons jamais plus eu cette discussion depuis. Quand j’ai fait mon site Web, j’avais besoin d’un nom, Super Mario était utilisé et déposé par Nintendo, j’ai alors essayé toutes les combinaisons possible avec Mario, salsa et danse mais rien n’allait, j’ai alors demandé à Ismael si cela le dérangeait que j’utilise le nom de domaine millionmovesman.com, et il m’a dit que pas du tout, qu’il n’allait pas s’en servir – il a déjà un site qui s’appelle www.carribeansouldancers.com. C’est important que les gens comprennent que je n’ai pas volé son nom. C’est vraiment clair entre Ismael et moi.

Combien de temps penses-tu enseigner encore la salsa ?

Le temps que cela durera, cela n’a pas d’importance. L’année dernière j’ai fait quarante-sept congrès, j’en ai même fait plus que Frankie ! Mon agenda de cette année est complet jusqu’en Juillet. Des gens m’appellent, m’écrivent, m’envoient des emails, sans que je sache comment ils ont eu mes coordonnées. Une personne de Nouvelle-Zélande m’a même demandé d’aller donner un cours là-bas. Je n’ai jamais rencontré qui que ce soit de Nouvelle-Zélande dans le monde de la salsa ! Il se passe toujours un événement salsa à travers le monde auquel les gens veulent que je participe. Mais si un jour j’en ai assez de la salsa, je finirai ce que je dois faire et j’arrêterai. Mais pour l’instant j’aime toujours autant cela ! Même en ce moment, je me suis cassé les doigts (je ne me suis pas cassé les doigts en dansant la salsa, tout le monde pense que c’est en faisant tourner une danseuse, mais non ! On a essayé de me voler mon téléphone, et voila !), mais hier je voulais quand même danser toute la nuit ! Personne ne m’a forcé ! Je continuerai tant que je prendrai du plaisir comme ça. De toute façon j’ai des diplômes je peux faire autre chose…