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U.S Salsa Force Natacha et Marck

18 juillet 2008 - Danse
U.S Salsa Force Natacha et Marck

Natacha et Marck, de U.S. Salsa Force, danseurs, chorégraphes, professeurs de salsa Los Angeles Style et organisateurs du Lion’Salsa Congress étaient présents pour la première fois à El Sabor de la Salsa 2006.

Pouvez-vous vous présenter ?

Natacha : Nous sommes Marck et Natacha, de U.S Salsa Force – pour « United Suisse Salsa Force » – nous venons de Suisse. Nous avons une école, ouverte en 2004. Nous parcourons un peu le monde, l’Europe essentiellement, dans différents congrès. Depuis deux ans, nous avons développé notre propre association et organisé un congrès, à Genève, qui s’appelle le Lion’Salsa Congress. Cette année, en 2006, nous allons faire la troisième édition.

Marck : J’ai pour ma part une activité supplémentaire, celle de DJ Descarga. J’ai déjà mixé sur Genève bien sûr, mais aussi à Cannes, et à Paris au Barrio Latino.

Natacha : C’est un très très bon DJ ! Et ce n’est pas parce que c’est mon mari que je dis ça… (NDLR : rires)

Marck : On transpire pas mal !

Comment avez-vous découvert la salsa ?

Natacha : Par hasard. Je suis danseuse depuis bien longtemps. J’ai d’abord pratiqué le rock’n’roll acrobatique, j’ai fait partie d’une troupe. Quand nous nous sommes connus avec Marck, nous n’étions pas du tout sur la même longueur d’onde, lui DJ techno, moi danseuse de rock, ce n’était pas du tout le même monde. Nous nous sommes rencontrés dans les soirées techno, j’aimais bien cela aussi. Il n’était pas danseur, mais il adore la musique, il bougeait sur la musique, nous nous sommes rencontrés en discothèque, tout simplement. Il n’était pas du tout intéressé par la danse.

Marck : Une mauvais expérience…

Natacha : J’ai arrêté de danser pendant un an et demi, en me disant « j’ai rencontré l’homme de ma vie, j’arrête », et en fait je n’ai pas pu, j’ai pété les plombs, un an et demi c’était déjà trop. Un jour, je lui ai demandé de faire l’expérience de la danse à deux, il a d’abord commencé le rock avec moi, cela ne lui a pas vraiment plu. Nous avons rencontré des gens qui se sont mis à la salsa, cela nous plaisait leur manière de danser dans les soirées mixtes, nous leur avons demandé ce qu’ils faisaient, ils nous ont dit que c’était de la salsa. De fil en aiguille, nous nous sommes inscrits dans un cours, jusqu’à ne plus jamais arrêter, cela fait six ans maintenant que nous dansons. Nous avons commencé un peu comme tout le monde, un cours une fois par semaine dans une école. Huit mois après, l’école nous disait : « nous partons ce week-end faire un stage intensif à Londres avec Leon Rose et Susana Montero ». Nous étions une bande de copains, nous nous sommes dit « pourquoi pas ». Nous nous sommes retrouvés dans cette salle à se demander ce que nous faisions là, à nous dire que nous n’avions pas du tout le niveau ! Cela a été le premier déclic : nous avons trouvé cela génial, nous voulions continuer. Le deuxième déclic, qui nous a influencé dans le style que nous faisons actuellement, c’est lorsque l’école où nous étions a invité Johnny Vasquez. Nous avons vu ce qu’il faisait, l’énergie qu’il avait, et puis les acrobaties, j’y ai retrouvé plein de choses que je faisais en rock. Et puis nous deux, un peu fous et très dynamiques, nous nous sommes dit « voilà, c’est ça ». Depuis, nous avons quitté l’école, nous avons voyagé, nous sommes en quelque sorte des « bébés de congrès », huit mois dans une école et après des congrès et des congrès. Petit à petit nous avons fait nos premières chorégraphies. Nous avons fait six au total : une par année, c’est une bonne moyenne ! Petit à petit cela c’est développé, nous avons monté notre école, un congrès … Et nous n’allons pas nous arrêter là !

Quels sont les danseurs, hormis Johnny Vasquez, qui vous influencent, que vous admirez ?

Marck : Nous aimons beaucoup Super Mario, pour sa manière d’être. C’est actuellement l’un des danseurs qui donne le plus, il donne vraiment avec le cœur. Leon Rose et Susana Montero font partie de la même équipe, c’est la même ambiance, la même énergie. Il y a un autre danseur que j’aime particulièrement, c’est Jhesus Aponte, pour la grâce qu’il a sur scène, c’et un mélange entre l’oiseau et le félin. Parmi des danseurs un petit moins connus, nous aimons beaucoup Mike et Erell de Paris, les Utribe. Mike pour son côté déjanté, à créer des passes psychotiques – Mike, j’espère que tu t’es calmé, que tu as écouté tonton Marcko (NDLR : rires). Erell, pour son parcours avec Felipe Polanco, et puis elle a aussi développé beaucoup de choses, un style très pur, très beau.

Natacha : Un mélange entre l’afro, le on 2, tout en étant énergique, c’est quelque chose qui me parle énormément, elle m’a beaucoup inspirée, en particulier pour les bras. C’est une femme que j’admire énormément, pour ce qu’elle dégage, la beauté de la danseuse et la beauté intérieure également. Il y a aussi Griselle Ponce, j’adore son style, elle est pulpeuse.

Marck : En France toujours, il y aussi Adil et Farid, les Salsa Conga. Ils ont l’énergie aussi, plutôt du côté Francisco Vasquez, ce n’est pas pour rien qu’on appelait Farid le mini Francisco à une époque, il est toujours très dynamique. Il y a aussi la nouvelle génération montante, Falco, Dom et Marion, qui sont un peu notre relève, et cela fait plaisir, parce que nous commençons à être tous un petit peu vieux, nous serons près de la retraite bientôt (NDLR : il rit).

Natacha : On va aller faire des bébés !

Marck : Cela fait plaisir de voir que la salsa prend un nouveau virage, nous espérons dans le bon sens. On s’aperçoit que ce ne sont pas les gros événements qui marchent le mieux, ce sont plus les événements chaleureux, familiaux, conviviaux, où l’on se sent bien, comme Niort, ou Hambourg qui a aussi cette réputation.

Natacha : Nous n’y sommes jamais allé, d’ailleurs nous aimerions bien venir ! (NDLR : rires)

Comment créez-vous vos chorégraphies ?

Natacha : Il faut d’abord que l’on trouve le thème qui nous inspire. Cela commence « et si on faisait ça », et puis nous partons dans des délires tous les deux. On se prend la tête aussi.

Marck : Mari et femme ! Un conseil : évitez de danser avec votre femme… C’est génial mais évitez ! (NDLR : rires)

Natacha : Après il faut savoir rentrer dans la tête de l’autre – ça c’est encore autre chose. Souvent, Marck a le côté musicalité, moi j’ai le côté mouvement, il part souvent désespéré en se disant « mon Dieu, qu’est-ce qu’elle va me demander de faire au niveau musical »

Marck : Elle me demande des efforts techniques au niveau musical, je me demande parfois comment j’arrive à monter les chorégraphies musicalement.

Natacha : Il faut un peu le forcer, mais il y arrive toujours ! Tous les montages musicaux, c’est d’abord Marck, et moi avec mes idées. Quand nous avons terminé ça , nous nous lançons dans les mouvements. L’inspiration ne vient bien sûr pas la journée, toujours la nuit ! J’essaie aussi de me servir de ce que j’ai appris dans les différentes troupes dans lesquelles j’ai évolué. Les costumes sont fait maison… On s’éclate ! Ensuite, nous essayons de le transmettre à notre troupe. Nous sommes plutôt axés actuellement sur le développement d’un groupe, nous sommes les créateurs de U.S Salsa Force, mais il y a deux personnes qui nous suivent, Tamara et Nino, qui ont commencé comme élèves chez nous, qui sont vraiment magnifiques. Pour notre dernière chorégraphie, la Suisse, avec la vache Milka, la musique était faite, mais nous nous sommes posés à quatre pour monter la chorégraphie, c’est parti dans des délires, des crises de rire, beaucoup de bons moments, mais aussi beaucoup de travail… On se fait mal partout, on a des bleus, mais le résultat est sympathique !

Dans votre activité d’enseignants, qu’avez-vous envie de transmettre ?

Natacha : Ce que nous avons eu du mal à comprendre au départ, tout ce qui nous a manqué, nous sommes un peu autodidactes.

Marck : Toute l’aide que nous n’avons pas eu. A l’époque où nous avons commencé, tout le monde se gardait un peu les nouvelles techniques, les nouvelles figures, pour que les professeurs restent toujours en haut et les élèves en bas. Nous agissons complètement différemment, tout le temps que nous avons perdu, ne serait-ce que pour comprendre comment faire un tour correctement, une fois que l’on a compris les techniques, le but est de les donner. Pour éviter de rester tout le temps dans la technique, nous essayons de transmettre aussi la passion de la musicalité, parce qu’aujourd’hui il y a beaucoup de danseurs qui sont amoureux des passes et ne font que ça, ils viennent prendre un cours pour apprendre des passes. Nous leur demandons d’être amoureux de la musique pour pouvoir adapter même la passe la plus simple du monde, par exemple le cross body lead, pour nous il faut que cela soit dans la musique. C’est la grosse différence que nous essayons d’apporter, en tout cas dans notre pays.

Natacha : Pour ma part, j’essaie d’apporter dans mon enseignement ce que la femme doit faire. Ce qui m’a beaucoup manqué dans les cours, les stages, les congrès que l’on a faits, c’est que c’est souvent l’homme qui parle, ils ont tout, ils ont la technique, il n’y a pas de problème, maintenant j’étais très en manque de comprendre certaines choses, des changements de poids du corps, des impulsions, des syncopés, ce n’était que du visuel finalement. Lorsque je parle d’autodidacte, c’est de cela qu’il s’agit. J’aimerais apporter un gain de temps à mes élèves, aux danseuses pour qu’elles comprennent très vite, et très vite on met du style. Nous mettons ce genre de choses dans les cours, même débutants, pour que très vite les danseurs et les danseuses développent le lâcher prise, pour qu’ils soient à l’aise dans leurs pas, qu’ils regardent leur partenaire, ce sont les choses de base. Après c’est la musique qui porte tout.

Quels sont les musiciens de salsa que vous appréciez particulièrement ?

Natacha : Moi je peux chanter les morceaux que j’aime, mais c’est Marck qui peut dire de qui il s’agit, moi j’en suis incapable …

Marck : L’un de nos artistes préférés est Charlie Palmieri, pour le piano, avec mon copain Alex Lima de Paris on a les mêmes goûts musicaux, on interprète souvent la musique de la même manière, et Charlie Palmieri est vraiment un bonheur pour tous ceux qui aiment les shines, c’est un régal. Sinon, il y aussi Tito Rodriguez, Tito Puente (NDLR : Marck et Natacha le disent ensemble), il y en aurait tellement à citer… Marvin Santiago…

Natacha : Très spécial, j’aime beaucoup

Marck : Une voix très spéciale… Angel Canales, la même chose, une voix, et des rythmes qui changent tout le temps, un régal pour apprendre à ne pas se faire piéger. Orquesta La Conspiracion, Joe Pastrana. Pour moi, en tant que DJ, il n’y a pas un artiste que je n’aime pas. En soirée, je vais passer des groupes cubains, du latin jazz, beaucoup de choses. Avant toute chose, il faut essayer de partager une passion, et de montrer aux gens qui sont figés dans un style qu’il y a d’autres musiques, qui ne sont pas de leur style de danse mais avec lesquelles on peut quand même s’amuser. Je pense qu’il y a quelques années de cela on a peut-être fait l’erreur de vouloir imposer un style, et cela a créé des tensions, un petit peu pour rien, et ce qui fait plaisir à voir aujourd’hui, c’est qu’il y a un retour aux sources, que les gens commencent à se respecter entre eux, à se dire « ah tu danses cubain ? ok, on fait une cubaine. Tu danses sur le 2 ? bon, ben on danse sur le deux. Sur le1.. » C’est vrai que sur le 1 cela fait plus tiquer, moi je danse quasi exclusivement sur le 1, il y a parfois des filles qui te regardent en disant « ah » (NDLR : il mime un air déçu)

Natacha : Moi je préfère faire un seul tour, mais un vrai, un bon et qui s’arrête net, mais parfois on me dit « ah, tu ne fais qu’un tour… »

Marck : Moi je dirais aux danseurs : choisissez le style qui vous convient, vraiment dans toutes choses, c’est comme la musique, le style de vie, essayez de ne pas vous faire influencer à droite ou à gauche, si quelqu’un adore danser sur le 2 et que vous préférez le 1, restez sur le 1, si vous préférez la cubaine, le merengue, la bachata, dansez ces danses !

Natacha : L’important c’est de le transmettre. Un danseur qui vient m’inviter, je ne vais pas dire « ah non, je ne danse que sur le 1 ». Si le danseur fait passer un bon moment à la fille, même si elle a l’habitude d’autre chose, il a tout gagné !

Comment a évolué la salsa en Suisse ?

Natacha : Cela a commencé par la cubaine, comme partout, il semblerait même que c’est l’un des premiers pays en Europe où la salsa est arrivée, mais nous n’avons pas de certitude, c’est ce qui se dit.

Marck : Nous n’étions pas nés !

Natacha : La portoricaine arrive gentiment, nous sommes très peu d’écoles à Genève et à Lausanne à enseigner la portoricaine. Nous essayons de transmettre cette passion, et de casser les barrières , les préjugés comme « les portoricains se la pètent, et la vraie salsa c’est la cubaine » La salsa, chacun la fait à sa sauce, comme son nom l’indique, chacun la danse comme il le sent. Nous avons peut-être l’étiquette de danseurs de portoricaine, mais je n’ai pas l’impression de ne danser que la portoricaine, dans plein de nos mouvements nous mettons des mouvements de cubaine, sur des breaks nous allons mettre de l’afro, plein d’influences des cours que nous avons pris, les choses qui nous ont parlé nous les avons englobées, emmagasinées dans notre corps. Nos oreilles, c’est la première chose qui travaille dans une danse. En Suisse il y a un peu des guéguerres, mais cela se calme, j’ose espéré que le Lion’Salsa Congress a apporté quelque chose, c’est d’ailleurs pour cela que nous l’avons fait, pour essayer de regrouper un peu tout le monde. C’est difficile de regrouper la Suisse romande et la Suisse alémanique.

Marck : Il y a la barrière de la langue. Il y a quatre langues dans un si petit pays…

Natacha : Nous essayons de nous réunir, que chacun montre un peu ce qu’il peut faire, nous faisons venir des gens de l’extérieur pour que la Suisse voit aussi ce qui se fait ailleurs. Je pense que cela va de mieux en mieux, qu’il y a plus de partage. Cela ne vient bien sûr pas que de notre Congrès, il y a aussi un magnifique congrès qui a lieu à Zurich en février (NDLR : le Salsa Festival Switzerland), et je pense que les congrès sont vraiment faire pour cela.

Ferez-vous toujours de la salsa dans vingt ans ?

Marck : C’est sûr ! Une fois que tu y a goûté, tu ne peux plus t’en passer, c’est une bonne drogue ! Nous espérons transmettre ce goût à nos enfants lorsque nous en aurons…