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Yanek Revilla Romero Casino.com

18 juillet 2008 - Danse
Yanek Revilla Romero Casino.com

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Yanek, j’ai trente ans. Je danse depuis octobre 2002. Je danse donc depuis cinq ans. J’ai une troupe de danse, qui s’appelle « Casino.Com » . Nous dansons la rueda de casino, la salsa, et d’autres types de danses. Nous avons été champions de Cuba à deux reprises. J’ai été champion de Cuba en 2004. J’ai aussi gagné un championnat du Monde en Italie en 2004. Après cela, j’ai participé au championnat du monde en tant que jury, j’étais présent pour aider et pour des shows.

Comment as-tu appris à danser ?

J’ai appris par moi-même, en regardant mes frères danser. J’ai commencé à danser en inventant mes propres mouvements. Je voulais être un bon danseur, en faisant seulement les choses que j’avais créées. Sans regarder des vidéos, ou apprendre de quelqu’un, seulement en faisant mes propres trucs. Bons ou mauvais, mais les miens. C’était ce que je voulais.

Comment crées-tu tes chorégraphies ?

J’ai trouvé mon moment idéal pour créer. C’est lorsque je me réveille. C’est à ce moment-là que toutes les idées me viennent. Et je commence à inventer des choses. Lorsque je vais monter les chorégraphies, tout est déjà prêt. J’ai déjà imaginé les gens danser. J’ai déjà visulalisé ce qui pouvait être bien ou pas. Ensuite, je commence à danser moi-même. Puis je fais la chorégraphie avec ma troupe. Dès que je l’ai créée, je vois la musique, et je change aussi des choses, parce que j’aime utiliser les breaks musicaux dans mes shows.

Comment as-tu recruté les danseurs de « Casino.com » ?

Au début, il s’agissait seulement de ma famille. Moi, mes frères, mon ex-petite amie, leurs petites amies, deux cousins, deux voisins, c’était une famille au début. Ensuite, j’ai décidé que cela ne serait plus seulement mon hobby, mais mon métier. Je vis de la danse. Mes frères ont leur propre métier, ils sont donc partis. J’ai dû trouver d’autres gens. J’ai gardé mes cousins, j’ai trouvé d’autres amis. Notre objectif n’est pas d’être des stars, nous voulons juste nous amuser en dansant. J’ai essayé de trouver des gens sympathiques, des amis, pas forcément de très grands danseurs, ce n’était pas la question. Je pense qu’être bon ou mauvais danseur dépend du temps que l’on passe à s’entraîner, à apprendre, cela dépend de comment l’on sent ce que l’on fait. Maintenant mes amis sont de bons danseurs, peut-être au début ne l’étaient-ils pas, mais ils voulaient l’être. Nous avons travaillé très dur, maintenant ils sont très bons !

Comment se déroulent les répètitions ?

Nous nous entraînons normalement une fois par semaine. Mais cela fait trois mois que nous ne pouvons pas nous entraîner, c’est très dur pour nous ici, car nous n’avons plus de lieu pour le faire. C’est difficile de répèter dans la rue, nous n’avons pas les conditions, cela fait longtemps que l’on ne s’est pas entraîné ensemble, nous attendons des jours meilleurs ! Une répètition dure deux heures. Avant de commencer la répètition des chorégraphies, je commence avec un petit cours, avec de nouvelles choses pour les danseurs, des pas en ligne, ou des passes, des éléments de d’autres danses – par exemple un élément de claquette – que l’on peut mélanger avec la salsa. Je leur enseigne cela avant de commencer la répètition des chorégraphies.

Peux-tu nous parler de ta participation aux DVDs « Salsa a la Cubana » ?

J’ai participé en 2002 aux DVDs « Salsa a la Cubana » d’Eric Freeman. C’était une bonne expérience de voir à quel point les gens aiment ce que l’on fait ici. Et c’était une très bonne opportunité pour montrer dans le monde ce que savent faire les danseurs cubains. Les gens n’ont pas d’information sur les Cubains qui vivent à Cuba – je ne parle pas des Cubains qui sont en Europe. C’était une bonne expérience. Je souhaite faire quelque chose moi-même. Je l’ai déjà fait, nous avons filmé des figures d’un très haut niveau pour les danseurs avancés. Mais nous n’avons pas encore eu la chance de pouvoir le produire, de le vendre, de le montrer, car à Cuba nous n’avons pas l’occasion de le faire. J’attends une porte ouverte pour le faire !

Que penses-tu de la manière de danser des Français ?

Je pense qu’il y a une manière française de danser la salsa. Je ne peux pas dire qu’ils ont un style pur, la plupart font un mélange, entre la salsa cubaine et d’autres styles. C’est parce qu’ils ont beaucoup d’informations, et même plus d’informations sur d’autres styles que sur le style cubain… Ils ont des figures de d’autres styles, et ils essaient d’avoir le feeling de notre style. Et ils mélangent tout ça. Je trouve que les Français apprennent très vite. Mais le fait de faire ce mélange ne leur permet pas de s’améliorer, de le développer autant qu’ils le pourraient. Je trouve que c’est bien de danser plusieurs styles, mais je pense que l’on ne doit en sentir qu’un seul, en garder qu’un seul. Tu peux danser deux styles par exemple – ce n’est pas mon cas ! – mais tu sais lequel tu ressens le plus, lequel tu aimes le plus, tu dois passer ton temps sur celui-ci. Nous avons une phrase à Cuba : si tu es bon dans plusieurs choses, tu n’es extraordinaire dans aucune.

Que penses-tu de l’évolution de la salsa en tant que danse à Cuba ?

Il n’y a pas beaucoup d’élèves en salsa cubaine. La salsa n’est pas considérée comme une danse professionnelle à Cuba. C’est considéré comme une danse de rue. Nous n’avons pas d’écoles pour enseigner la salsa cubaine, aux enfants ou aux jeunes. Nous ne jouons pas le rôle que nous devrions jouer dans le monde, parce que nous ne sommes pas organisés à Cuba. Je pense que nous méritons une meilleure place. Nous avons besoin de la développer. Nous avons besoin de partager nos opinions. Beaucoup de gens enseignent de différentes manières, avec différentes pédagogies, et c’est très difficile pour les gens qui apprennent en dehors de Cuba, d’en faire la synthèse. Ce n’est pas pareil à Los Angeles, avec le cross body lead, etc , tout le monde enseigne de la même manière, même s’ils font des choses différentes. Ce n’est pas pareil ici à Cuba. Et nous avons besoin de cela. Quand nous aurons atteint ce but, nous serons meilleurs.

Que penses-tu de la mode du reggeaton ?

Pour ce qui est de la musique, je pense qu’il s’agit du désir des musiciens latinos de ressembler aux rapeurs américains. La manière de danser de ces musiciens, leur manière de chanter, de s’habiller, sont identiques à celles des rapeurs américains. Mais cela n’est pas cubain. Cela ne nous appartient pas. Les médias ont beaucoup d’influence là-dessus. Si partout où vous allez, vous entendez du reggeaton, alors vous allez l’aimer. On ne peut pas considérer le reggeaton comme une danse. Vous bougez seulement votre corps, comme vous pouvez. C’est plus facile. Pour les cubains, c’est plus facile. Peut-être pour les Européens, c’est un peu plus difficile, à cause des mouvements… Mais pour nous c’est trop facile. Comme c’est facile, beaucoup de gens dansent le reggeaton. C’est aussi pour cela qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui dansent la salsa. Je ne vais danser la salsa en discothèque qu’une fois par mois. Parce que dans ces endroits, il y a seulement du reggeaton. Je ne suis pas opposé au reggeaton, je le danse, j’aime bien ça, mais j’adore la salsa. Et je n’ai pas la chance de la danser en discothèque. C’est le problème que nous avons à l’heure actuelle.

Quels sont tes musiciens de salsa préférés ?

Cela dépend de ce que je veux faire à ce moment-là. Si je veux danser la rueda de casino, j’aime Los Van van. Si je veux danser une salsa « hard » pour me défoncer, je préfère la Orquesta Reve, et Pupy y los que Son son. Si je veux danser la meilleure musique salsa à Cuba, je danse sur Adalberto Alvarez. Pendant le championnat national « Bailar Casino », j’ai dansé avec certains de ces musiciens.

Peux-tu nous parler un peu de ce programme « Bailar Casino » ?

C’était un programme télévisé, créé en 2004, pour sauver le casino et la rueda de casino, parce que avant il n’y avait que le reggeaton. C’était pour monter le niveau des gens qui dansaient la salsa. Je pense qu’ils ont réussi ce qu’ils voulaient faire. C’était une compétition. Hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle, semestrielle, puis annuelle. Il y avait des qualifications, que les gens passaient, jusqu’à la fin. Le programme était très bien. Cela a duré deux ans. Quel était le problème ? La première année, lorsque j’ai gagné, les meilleurs danseurs avaient participé. La deuxième année, il était interdit à ces danseurs de participer à la compétition, parce qu’ils voulaient de nouvelles personnes. Le niveau a donc baissé. Et le programme s’est arrêté. Il n’existe plus, et nous en avons besoin.

Quelle est ton activité préférée : donner des cours, danser en soirée, danser sur scène ?

Tout d’abord, je déteste faire de la scène ! J’adore danser. Le problème n’est pas que je sois un très mauvais danseur sur scène – peut-être le suis-je mais pas trop (NDLR : il rit) – mais ce que j’aime c’est improviser, danser ce que je ressens, et non danser quelque chose de chorégraphié, de figé. Mais on en peut pas faire ça pendant un show, sauf s’il s’agit d’un show improvisé. Lorsque c’est un show improvisé, je peux le faire, mais, même comme ça, je suis un peu timide. Ce que je préfère c’est danser pour moi-même, dans la rue, et enseigner. Mais ce que je préfère encore plus, c’est créer. Le problème, c’est de toujours avoir une raison de le faire, et pas de créer parce que tu veux créer. Créer pour ne pas le montrer, ne pas l’enseigner, ce n’est pas bien. Si j’ai un objectif, je peux inventer dix figures en une journée !

Tu dis parfois que le son est ta danse préférée ?

Le son, c’est un feeling que je ne peux décrire. Même sur de la musique salsa, vous me verrez parfois danser du son, ou sur le timing du son. Parce que je pense que je peux faire plus de choses sur ce timing. J’étais dans un congrès à Saint-Petersbourg en Russie. Je dansais avec une fille qui faisait du New York style. Je lui ai dit « allons danser ! », nous avons dansé sur le timing du son, et elle m’a dit : « c’est du New York Style ». Je lui ai dit : « Non, c’est du son… » Je ne danse pas en ligne. Je dansais la salsa cubaine « a contratiempo » (NDLR : Sur le 2)

As-tu rencontré des danseurs à l’étranger que tu admires ?

Celui que j’admire le plus est Jorge Camaguey, c’est un Cubain qui habite en Espagne. C’est un bon danseur, un bon prof, une personne adorable. Lorsqu’il danse ou qu’il enseigne, toutes les personnes autour de lui ressentent quelque chose, et ils reçoivent toutes les informations. J’ai vu aussi un danseur au championnat du monde en Italie, qui faisait un show de salsa cubaine, enfin du style Miami, il s’appelle Henry Herrera. C’est aussi un bon danseur et un bon professeur. Il y a aussi Jhesus Aponte. J’adore sa manière de danser.

Quels sont tes projets ?

Conquérir l’Europe ! Pas en tant que moi, Yanek, mais en tant que cubain. Pour montrer ce que nous pouvons faire, nous les Cubains. Parce que je pense que les gens n’ont pas ces informations en Europe, pas du tout. J’entends des choses du genre « les passes cubaines sont faciles, les pas sont faciles ». Je veux effacer toutes ces idées toute faites. Je ne sais pas encore si ce sera en Italie ou en France, où je serai pendant un an, mais je veux faire de grandes choses. Camaguey et moi avons un projet ensemble. Parce que je pense que l’un des problèmes est que les Cubains ne veulent pas travailler ensemble en Europe. Nous voulons réunir les gens, peut-être pour faire un groupe. Comme il y a Tropical Gem, il peut y avoir aussi un « Cuban Gem ».

Comment définirais-tu la salsa cubaine ?

C’est d’abord un feeling puis une danse. Ce n’est pas du tout réfléchi, juste ressenti. Danser avec son instinct, comme un animal. C’est le mélange entre des rythmes cubains, la culture cubaine, pas seulement la danse mais aussi la manière dont nous nous comportons, dont nous parlons. La salsa cubaine, c’est juste la manière d’être cubain, et notre culture.