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Yaqueline Abiaque Para bailar casino !

18 juillet 2008 - Danse
Yaqueline Abiaque Para bailar casino !

Yaqueline Abiaque, enseignante, chorégraphe et danseuse de Santiago de Cuba répond à nos questions sur son parcours, sa participation aux DVDs pédagogiques d’Eric Freeman et l’évolution de la danse salsa à Cuba.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Yaqueline Abiaque. Je ne suis pas mariée (NDLR : elle rit) J’ai trente-six ans, je suis né le 17 novembre. Je suis professeur de danse. Je prépare un diplôme à l’université. Je ne crois pas qu’il y ait l’équivalent en France… C’est un diplôme de professeur de danse professeur de danse mais plus approfondi. J’ai terminé la première année, et je vais commencer la deuxième.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans la danse ?

Je danse depuis que je suis toute petite. J’ai commencé à danser dans des spectacles après la mort de ma sœur, elle dansait dans différents endroits, dans des cabarets. Lorsqu’elle est décédée j’ai commencé à faire des spectacles comme professionnelle.

Avant cela, je dansais à l’école, et à mon travail. Au départ, j’étais technicienne dans le bâtiment, dans la construction. Je faisais déjà des spectacles à cette époque. Je prenais aussi des cours, à la « Escuela del Tropical ». On y apprenait le folklore, les danses populaires, la danse classique, la danse contemporaine et les acrobaties. Il y avait une préparation pour les danseurs qui voulaient danser au Cabaret Tropicana, ou dans d’autres cabarets.

Avant d’aller dans cette école, pendant que je travaillais comme technicienne, j’étais dans un groupe d’amateurs, un groupe de folklore qui s’appelle « Sarabanda Mayor ». C’est dans ce groupe que j’ai appris à danser le folklore. Une personne m’a alors proposé de danser en couple, non loin d’ici au Patio Los Dos Abuelos, près de la Plaza Marte. Ce n’était pas payé, c’était à des fins promotionnelles. Je dansais avec Alexi, qui danse maintenant au Ballet Cutumba. Je travaillais comme professionnelle à la maison Artex avec un danseur qui habite maintenant à Mexico, nous travaillions le soir, avec le groupe « Septeto Contemporaneo ». On nous a proposé à tous les deux de travailler à Bucanero. Nous avons commencé à traviller dans différents lieux. Après l’école de danse, j’ai commencé à travailler en tant que professionnelle, à Guantanamo, dans un groupe de professionnels, « Folkloriko Babul », avec un peu de danses populaires, traditionnelles, mais surtout beaucoup de folklore. J’aime beaucoup le folklore, un peu plus que le cabaret, ou le classique.

J’ai commencé à donner des cours, pas en tant que professeur mais en tant que « promotora natural » : c’était à l’époque la personne qui réunissait les personnes ayant des talents artistiques pour faire des spectacles. J’enseignais aux enfants la danse, le cha cha cha, le mambo, non pas en professionnel, mais comme un hobby, parce que j’aime beaucoup les enfants et la danse. J’ai formé un groupe d’enfants qui faisaient des spectacles, dans des festivals, pour des événements culturels ou politiques, à Santiago. J’ai commencé tout cela en 2002, lorsque je suis revenu de Guantanamo pour raisons familiales. J’ai présenté ce groupe à la Casa de la Cultura. J’y enseigne à présent. En tant que professeur, j’ai aussi travaillé pour la chorégraphie d’un spectacle pour le carnaval, en 2004. Je travaille aussi avec Antoine Joly, après avoir travaillé avec Daniel Chatelain.

Que préfères-tu : donner des cours, danser en soirée, sur scène ?

Ce que je préfère à présent, c’est l’enseignement. Je pense que le temps est venu. Pour les danseuses, le temps est compté, pas pour les chanteurs, ni pour les musiciens. Mais pour les danseurs, et pour les danseuses encore plus. Pour travailler, tu as besoin d’une belle silhouette, d’un beau visage. Si tu as eu des enfants, tu as besoin de travailler encore plus ton corps. C’est plus difficile pour les femmes. À présent, j’ai trente-six ans, je préfère enseigner ce que je sais, et voir plus tard ce que j’ai transmis. Mais pour conserver la forme, la souplesse, le placement, les pas, le rythme, j’aime continuer à pratiquer et apprendre de nouvelles choses.

Tu continues donc de t’entraîner régulièrement ?

Oui. Pas tous les jours, mais régulièrement. Quand je vais à une fête, lorsque je mets la musique chez moi, lorsque je danse avec quelqu’un, et puis je fais des exercices pour garder la forme, lorsque quelqu’un me demande quelque chose sur les pas, je le montre aussi.

Quels sont les musiciens que tu préfères ?

J’aime tout ! On apprend toujours quelque chose de nouveau. J’aime beaucoup la salsa, mais je pense que ce n’est pas tout. On a besoin de tout connaître, le folklore, le traditionnel, le populaire. C’est pour cela que ce n’est pas seulement la salsa qui me plaît. Pas seulement Los Van Van, ou la Charanga, il y a des groupes qui sont très très bons, qui jouent du « son traditional ». J’aime aussi les musiques Yoruba, parce que cela permet de comprendre ce que nous portons dans notre sang, et de connaître la langue du folklore. Je n’ai pas l’habitude de lire, mais s’il y a un livre qui parle des Orishas, ou de l’art, de la culture, cela me plaît. J’aime aussi écouter les musiques d’autres pays. D’Argentine, par exemple, ou d’autres pays, européens ou non, leurs musiques traditionnelles, folkloriques… Pour danser, j’aime la salsa, le reaggeton. Pour me reposer, j’aime beaucoup la musique classique, et les balades.

Que penses-tu de la manière dont les français dansent la salsa cubaine ?

(NDLR : elle éclate de rire) Je pense que s’ils dansent avec le cœur, ce n’est pas important s’ils dansent bien ou mal. S’ils dansent pour se sentir bien, l’opinion des autres n’a pas d’importance. Si tu te sens bien, continue ! Il faut danser comme on le sent. A Cuba, il y a des gens qui ne savent pas danser ! On ne peut pas généraliser. Je connais beaucoup de français qui dansent bien, d’autres qui ne dansent pas bien. Il y a de tout ! Je ne peux donc pas vraiment répondre.

Comment a évolué la salsa en tant que danse à Cuba ?

La salsa que l’on dansait avant – le mot salsa est un terme commercial, cela s’appelle en fait le casino – se pratiquait plus avec des tours, mais des tours simples, un peu plus proche du son mais avec plus de figures. Maintenant dans la salsa, le casino, tout se mélange : la timba, le folklore, le mambo, le cha-cha-cha. La danse ne s’est pas arrêtée, elle a progressé, sans perdre son essence et sa base.

Tu as participé à la série de DVD « Salsa a la Cubana », peux-tu nous en parler ?

Eric Freeman m’a regardé danser à la maison Artex. Quelques jours plus tard, il m’a demandé de lui donner des cours de danse et de l’accompagner le soir pendant le carnaval pour danser avec lui. Un peu plus tard, il m’a proposé de me filmer, en m’expliquant son projets de DVDs qu’il voulait commercialiser. Parmi les premiers à avoir travaillé sur ce projet, il y avait Joel, mon partenaire et moi-même. Il y avait aussi Ibert et Sunny, pour un autre style de danse, et Vaillant (NDLR : Norberto) un autre danseur qui danse avec moi. Il y a une autre vidéo, de moi seule, sur laquelle j’explique les bougés, qu’il a peut-être gardée pour lui pour bien apprendre le style. Lorsqu’Eric Freeman vient à Cuba, il rémunère les personnes qui ont participé aux DVDs. Il y a eu d’autres DVDs, avec Yoannis et d’autres danseurs, auxquels je n’ai pas pu participé, bien qu’il me l’ait proposé. Je ne sais pas comment cela s’est passé pour ces DVDs.

Prends-tu toujours autant de plaisir à danser depuis toutes ces années ?

Bien sûr ! Ce n’est pas possible de danser tous les jours… Mais si je passe le balai et que j’entends de la bonne musique, je vais commencer à danser avec mon balai !