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Yoannis Tamayo Castillo El rumbero mayor

18 juillet 2008 - Danse
Yoannis Tamayo Castillo El rumbero mayor

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Yoannis Tamayo Castillo. Petit, j’ai appris à danser avec mon frère et avec Yanek, nous avons appris tous ensemble. J’étais passionné par la danse, je voulais en faire mon métier. Je suis à présent danseur professionnel.

Quand as-tu commencé à donner des cours et à participer à des spectacles ?

J’ai commencé à donner des cours à dix-sept ans. Au début, c’était parce que des gens dans la rue me demandaient si j’en donnais. J’ai commencé comme cela, par de petites choses. J’ai débuté les spectacles à dix-huit ans avec le groupe d’aficionados, et puis j’ai commencé à travailler à la Casa de la Musica, à la Casa de la Trova, pour le gouvernement, etc.

Tu avais une partenaire attitrée ?

Ma partenaire s’appelait Miriam [NDLR : une vidéo de Yoannis et Miriam est disponible sur Youtube. C’est une grande danseuse. Elle a travaillé avec moi pendant longtemps. J’ai beaucoup appris avec elle, elle avait beaucoup d’expérience. Je crois qu’elle a quarante-quatre ans maintenant. Elle habite en Bolivie à présent.

Peux-tu nous parler de ta formation en afro-cubain ?

Lorsque j’ai commencé à danser, je faisais de la salsa, du son, des danses traditionnelles. Le groupe avec lequel Johnson (NDLR : un talentueux danseur et professeur de Santiago) dansait préparait une chorégraphie pour le carnaval. Je les ai vus danser les Orishas. Johnson m’a conseillé d’apprendre à les danser. Je le connais depuis que nous sommes petits, nous habitons le même quartier, nous nous entendons très bien. J’étais attiré par la musique afro. J’ai commencé à rendre visite au groupe de Johnson. C’est Johnson qui m’a appris les débuts de l’afro, qui m’a expliqué, c’est avec lui que j’ai appris les premiers éléments de la religion, de l’afro-cubain. Après je suis entré dans un groupe qui s’appelle  » 19 septiembre », où j’ai appris d’une grande danseuse qui est professeur, Maricela, et d’autres enseignants, Marisloibi, Dayamilet… En sortant de ce groupe, je savais danser la tumba francesa, Elegua, Chango, Ogun, Obatala, j’ai appris le vodù, le palo, les danses arara, la rumba, le gaga, plein de choses. J’ai aussi pris, pendant mon temps libre, des cours avec le Folkloriko Cutumba, une grande institution de Santiago. Avec le maestro Idalberto, j’ai participé à des cours de folklore. Je continue d’apprendre tous les jours, je suis très reconnaissant envers les gens qui m’ont appris, depuis que je suis petit et jusqu’à maintenant.

Comment définirais-tu ta manière de danser à l’heure actuelle ?

J’appelle cela « l »afro-fuzion ». « Afro », parce que nos origines sont africaines, plus africaines qu’espagnoles. « Fuzion » parce que lorsque je danse, ma manière à moi de le faire, c’est de tout mêler. L’afro avec la salsa, avec le son, la rumba, le yoruba, comme je le sens, c’est ma manière de voir les choses. Je pense que mon style m’est personnel, il vient de mon corps, de ce que je sens, de ma façon de voir les choses. Pour moi, la salsa c’est la chose ultime. La salsa, c’est la sauce, on a besoin de tous les ingrédients : des oignons, des tomates, de l’ail, c’est la même chose lorsque l’on danse. Afro, rumba, yoruba, j’aime tout mélanger ensemble. J’aime aussi les claquettes, le hip hop, la columbia, le guaguanco, les Orishas Elegua, Chango, Ogun…

Qu’apprécies-tu dans l’enseignement ?

C’est deux choses différentes, être danseur et enseigner. Il ne suffit pas de savoir bien danser pour bien enseigner. L’inverse est aussi vrai. Je me dis que j’ai la chance d’avoir un peu de talent pour danser et aussi pour enseigner. Je préfère donner des cours plutôt que danser, parce que c’est ma passion. Je ne suis pas du genre à dire dans la rue : celui-ci est mon élève. Je n’aime pas me vanter de ça. Dans la rue, nous sommes des amis, des frères. Dans le cours, nous sommes professeur et élève. Tout ce que je sais, je le donne. Et j’apprends aussi de mes élèves. Chaque jour, on apprend quelque chose de nouveau. J’aime avoir beaucoup de cours et beaucoup d’élèves. Lorsque tu travailles bien, tu t’ouvres des portes. Je suis en accord avec moi-même, en tant que personne et dans mon travail.

Tu as participé aux dvds Salsa a la Cubana , peux-tu nous parler de cette expérience ?

Je connaissais Eric Freeman qui a fait ces dvds. Il était venu nous voir lorsque je travaillais à la Trova, en disant qu’il préparait des dvds. Il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi, et m’a demandé si je connaissais des gens pour y participer aussi. Je suis venu avec Yanek, Madeleine, Eduardo son frère, d’autres encore, qui comptent pour la culture cubaine, c’est ce que cherchait Eric Freeman. Je pense que beaucoup de gens ont vu ces dvds dans le monde et qu’ils étaient contents de connaître un peu ce que nous faisions à cette époque.

Peux-tu nous parler des musiciens avec lesquels tu as travaillé ?

J’ai eu la grande chance avec mon métier de travailler avec des gens comme Eliades Ochoa, Ibrahim Ferrer, Compay Segundo, qui ont participé au Buena Vista Social Club. J’ai eu l’occasion de travailler avec Issac Delgado, président du festival Benny Moré à Cienfuego, avec Pupy, toujours au festival de Cienfuegos. J’ai aussi travaillé avec Leo Vera le premier chanteur de la Charanga Habanera, avec Mongo Rives musicien de la Isla de Juventud et représentant du Sucu Sucu, avec Pancho Amat « el amestro del tres », avec Ismael « Maelo » Rivera et Los Van Van. J’ai aussi danser avec Los Jovenes Clasicos del Son, avec El Septeto Santiaguero, considéré comme le meilleur septet à l’heure actuelle. Et puis avec la Familia Valera Miranda, pour moi les plus grands représentants du son à Cuba. Et d’autres encore… J’ai eu la chance de travailler avec de grands artistes.

Que penses-tu de la salsa en Europe ?

Je pense que le premier pays d’Europe pour la salsa est l’Italie, il y a un très bon niveau de danse en Italie, ensuite viennent la France et de l’Espagne. Sans oublier la Belgique, l’Allemagne, la Hollande, l’Autriche, où il y a beaucoup de gens qui dansent bien, mais je parle du niveau général. Je connais des Français qui font des spectacles, des cours et qui sont très très bien .

Y a-il parmi toutes les danses que tu pratiques une que tu préfères danser ?

Il y en une qui est au-dessus de toutes pour moi. J’aime la salsa j’aime bien les rythmes. Mais pour moi le summum, c’est la rumba. C’est dans la rumba que je mets tout de moi. Dans la salsa, je mets un peu de rumba, et d’autres choses. Le son me fait penser aux personnes plus âgées qui le dansent. Mais la rumba , c’est ce que j’ai dans le cœur. C’est une chose très spéciale. C’est un rythme afro-cubain issu de Matanza. Ce rythme s’est ensuite propagé dans toute l’île. C’est une manière spéciale de mélanger le rythme des tambours, c’est le jeu entre l’homme et la femme dans le guaguanco, la manière de représenter la vieillesse dans le yambu (l’histoire d’un homme âgé qui danse avec une jeune femme), le jeu entre les percussionnistes et le danseur dans la Columbia, c’est ce qu’il y a de plus grand. Et puis le rythme, la musique, les paroles qu’il y a dans la rumba… La rumba est née des bas quartiers. C’est un rythme qui vient de mes ancêtres. C’est ce qu’il y de plus grand pour moi.

Comment a évolué la manière de danser la salsa des Cubains ?

La danse a évolué, et c’est normal. Le temps passe, nous ne pouvons pas faire tout le temps la même chose. Il y a d’autres horizons, de nouvelles choses à apprendre. C’est une illusion de croire que les choses ne vont pas changer. Il y a un très bon niveau à l’heure actuelle à Cuba. Je respecte les gens qui exercent le métier de danseur et qui étudient aussi. Je pense que la danse a changé et qu’elle va changer plus encore.

Que penses-tu de la mode du reggeaton ?

Le reggeaton est un rythme qui se propage beaucoup. Mais c’est une musique facile. Je respecte les gens qui chantent du reggeaton, mais c’est pour moi une musique facile, et il n’y a pas de grande difficulté pour le danser. Il suffit de bouger. C’est difficile de danser et d’interpréter l’afro, cela nécessite une indépendance de mouvement. Ca a une raison et cela raconte une histoire. Pour moi, le reggeaton ne raconte rien. La salsa est plus grande. Il y a beaucoup des gens qui dansent le reggeaton, mais il y a également beaucoup de salseros. La salsa restera. Le reggeaton aussi… Mais n’importe qui peut chanter du reggeaton, il faut être musicien pour faire de la salsa.

Quels sont tes musiciens préférés en salsa ?

Ils sont variés. Mais pour moi le plus grand groupe salsa de Cuba est Los Van Van. Ensuite, Pupy y Los Que Son Son, Manolito Simonet y su trabuco, Adalberto Alvarez, La Reve, Bamboleo, Orlando Valle Maraca, il y a beaucoup de bons groupes, mais ce sont ceux que je préfère.

Quels sont tes projets pour les années à venir ?

Dans les années qui viennent, j’espère m’entraîner plus. Il y a des années pour travailler dur, acquérir de l’expérience, avant de passer à d’autres étapes. La première chose que je voudrais ensuite, c’est avoir une école de danse, où l’on travaillerait tout ce qu’il y a de rythmes cubains et afro-cubains. Transmettre mon savoir aux gens qui viendront. J’aimerais aussi avoir un groupe de spectacle, où tout le monde serait égal. Je ne veux pas que l’un soit meilleur que les autres, je veux qu’il y ait l’énergie pour danser, avec des gens qui auraient la même passion que moi pour la danse. Que cela se passe de manière efficace, que chacun aime travailler dur pour obtenir les choses, et n’attende pas que cela tombe du ciel. Je voudrais commencer comme cela, et que petit à petit cela grandisse. J’ai aussi le rêve, le pressentiment que le l’art et la danse pourront mener loin.