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La Salsa pour les Nuls – D’où vient la Salsa ?

18 juillet 2012 - Salsa pour les nuls
La Salsa pour les Nuls – D’où vient la Salsa ?

RÉPONSE À UNE QUESTION PLUS COMPLEXE QU’ELLE N’EN A L’AIR…

« La Salsa, ça vient de Cuba ».

Qui n’a jamais entendu ce lieu commun, tout particulièrement en France ?

C’est vrai et faux à la fois. Tout dépend de ce que l’on entend par « vient »…

Prenons une comparaison très parlante : D’où vient la langue française ? De France, comme son nom l’indique ? Ou du latin ? 80% des mots et expressions que nous utilisons en Français viennent du Latin. Le reste vient du Grec, et de quelques autres langues.

La Salsa vient de Cuba comme le français vient du latin : une forte proportion des éléments qui composent cette sauce musicale sont issues de la musique cubaine, en particulier du son cubain. Si l’on parle des origines musicales, la Salsa vient donc bien de Cuba.

Par contre, si la question porte sur son lieu de naissance en tant que mouvance musicale, la réponse est plutôt New York, plus précisément les quartiers hispanophones de Manhattan, également connus sous le nom de Spanish Harlem, ou la « Salsa » voit le jour vers la fin des années 60 sous ce nom, et où Fania Records, le grand label discographique indissociable de cette mouvance musicale, a ses quartiers généraux.

Enfin, si l’on cherche plutôt à savoir dans quel(s) pays la Salsa est populaire, écoutée, dansée, et d’où viennent les artistes qui font de la Salsa, il s’agit alors d’un ensemble que j’appellerais la « zone d’influence Caraïbe », qui inclut la plupart des pays hispanophones des Caraïbes, une partie de l’Amérique Centrale, la Colombie, le Venezuela, et dans une certaine mesure l’Equateur et le Pérou, ainsi que les communautées émigrées aux Etats-Unis de tous ces pays.

Les artistes qui ont popularisé et fait les grands succès historiques de ce style musical sont d’origines diverses. Voici quelques exemples :

– Johnny Pacheco : dominicain
– Ismael Rivera : portoricain
– Eddie Palmieri : new-yorkais d’origine portoricaine
– Cheo Feliciano : portoricain
– Celia Cruz : cubaine
– Bobby Valentín : portoricain
– Oscar d’León : vénézuélien
– Wille Rosario : portoricain
– Larry Harlow : juif américain ( !)
– Willie Colón : portoricain
– Rubén Blades : panaméen
– Ismael Miranda : portoricain
– El Gran Combo : groupe portoricain
– La Sonora Ponceña : groupe portoricain

« Alors, pourquoi tout le monde dit-il que la Salsa vient de Cuba ? », me demanderez-vous ?

L’une des origines de cette idée reçue est que la Salsa a été largement popularisée en France (et pas seulement) par des cubains, et les groupes qui s’y produisent le plus souvent sont Cubains : Los Van Van, Manolito y su Trabuco, etc…

Un argument plus sérieux est le fait que les artistes du label Fania, auxquels je faisais allusion plus haut, ont beaucoup puisé dans le repertoire cubain. D’où la fausse idée que la Salsa ne serait que de la musique cubaine engringada (américanisée), principal argument de son rejet à grands renforts de propagande par la révolution cubaine.

La réalité est plus complexe. Prenons une autre comparaison : quelle est la proportion de menthe, dans un Mojito ? Infime. Certainement moins de 5% du contenu du verre. Pourtant, si l’on vous sert du rhum avec du perrier et de la glace pilée, ça n’en fait pas un Mojito pour autant. Pour la Salsa, c’est pareil : même s’il s’agit à 80% d’éléments issus de la musique populaire cubaine, les quelques petites choses qui ont été rajoutées / modifiées, en particulier dans l’orchestration, et dans le choix des thèmes des chansons, en ont fait quelque chose de nouveau, que l’on a appellé « Salsa ».

La Salsa est très largement le produit de la communauté hispanophone émigrée aux Etats-Unis, qui compte des origines très diverses ; de plus, sa popularité, qui s’est étendue à toute l’Amérique Latine, a vite fait des émules dans ces pays, et chacun y a apporté son grain de sel.

Pour reprendre la métaphore linguistique, le français vient de France, comme son nom l’indique, mais est également parlé en Suisse, en Belgique, au Québec, par des millons de personnes dont c’est également la langue maternelle, avec des particularités propres à chaque pays. De la même façon, la Salsa, qui est issue de la musique cubaine, et née dans le melting-pot new-yorkais, a été adoptée et est « parlée », entendez par là qu’elle est largement jouée et écoutée, dans de nombreux pays d’Amérique Latine, qui se sont appropriés la Salsa et qui considèrent à juste titre comme « leur musique ».

Il de faut donc point s’étonner qu’un colombien ou un vénézuelien vous manifeste son mécontentement si vous lui assénez que « la Salsa vient de Cuba »…

Bonne chance, dans ce cas là, pour lui expliquer ce que vous entendiez par là…